Au moment où les trésoreries de nos exploitations laitières sont absolument exsangues après 30 mois de prix très bas.
Au moment où le beurre et la crème manquent en France, où leur prix atteint des sommets lors des cotations de marché.
Au moment où le prix du lait chez nombre de nos voisins européens, en Nouvelle Zélande ou plus encore aux États Unis dépassent largement les prix du lait en France.
Au moment où les attentes sociétales, s'exprimant de manières plus ou moins constructives, nous imposent de produire toujours mieux, toujours plus verts, toujours plus "aux normes".
Au moment où les consommateurs, de nombreuses démarches équitables sur
le segment du lait de consommation le démontrent, plus que jamais réclament que le
prix payé au producteur soit juste, leur permette de vivre dignement,
d'envisager l'avenir avec dynamisme.
Au moment où tous les observateurs dénoncent la répartition actuelle de la valeur ajoutée, inéquitable pour les producteurs, à la veille des États Généraux de l'Alimentation.
Qui d'autres que nos coops, les grandes coopératives laitières françaises qui représentent plus de 55% de la collecte française de lait, pour donner toute son ampleur à la définition d'un juste prix pour les producteurs?
Qui d'autres que nos coops pour ouvrir la voie, saisir le moment, et apporter la première pierre à la construction du vrai prix du lait de demain?
Qui d'autres que nos coops pour faire preuve d'audace face au système du prix le plus bas, à la surenchère de promotions qui ne peuvent être durables, pour sortir de cette spirale infernale mettant notre profession en danger de disparition?
Qui d'autres que nos coops pour imposer une hausse immédiate du prix du lait de 10%, soit 3 à 4 centimes du litre, minimum vital pour que la majorité d'entre nous reprenne espoir, que notre travail soit équitablement rémunéré?
Qui d'autres que nos coops pour enfin décider de ne plus attendre d'éventuelles hausses de tarifs auprès de la grande distribution pour augmenter le prix du lait, mais de payer le vrai prix du lait pour mieux vendre nos produits finis auprès de consommateurs qui l'attendent?
Nous sommes fiers d'être coopérateurs, que les coopératives nous rendent fiers d'elles!
dimanche 11 juin 2017
vendredi 3 février 2017
Tendance haussière du prix du Lait en N-Z depuis 2007
Le cas de la filière laitière en Nouvelle Zélande est particulier et intéressant au moins à ces titres:
1. 95% de la collecte et de la transformation de lait est accaparée par Fonterra.
2. Fonterra est une coopérative contrôlée par les producteurs de lait collectés.
3. L'immense majorité du lait transformé est exporté, notamment sur les marchés asiatiques.
4. Cette coopérative pratique des ristournes importantes afin de redistribuer les bénéfices engrangés vers les producteurs.
On peut donc parler d'une coopérative "totale" dont l'activité est concentrée sur un segment de marché particulier, les produits dits "industriels" destinés à l'export.
Ceci permet de mieux isoler les facteurs d'évolution du prix du lait "sortie de ferme" payé par Fonterra en le comparant aussi mieux à l'évolution des prix des produits transformés obtenus par Fonterra.
Graphique 1.
On remarque sur ce graphique que:
1. Le tendance de l'évolution du prix du lait en Europe sur ces 16 années est en moyenne stable, avec plus de volatilité après 2007.
2. La tendance des prix US, toujours volatile, est en hausse relative depuis 2007.
3. Enfin, le prix Néo Zélandais, extrêmement volatile, est en forte hausse depuis 2001, et conserve une tendance haussière sur le long terme depuis 2007.
Graphique 2.
On voit sur ce graphique montrant l'évolution du Global Dairy Trade Price Index (Soit la synhèse des résultats des enchères Fonterra sur tous ses produits transformés est stable, voire légèrement baissière depuis 2007, avec là aussi une forte volatilité.
Comment donc expliquer que Fonterra, dont le prix des produits finis reste stable, voire baissent, depuis 2007, parvient à payer un prix du lait lui en tendance haussière depuis 2007?
Et comment se fait-il que le prix payé aux producteurs français reste lui stable sur cette longue période, alors même que la filière laitière française, elle aussi présente sur le marché export des produits industriels, transforme des produits à haute valeur ajoutée?
Cette différence d'évolution des prix "sortie de ferme" entre la Nouvelle Zélande et l'Europe ne révèle-t-elle pas une répartition de la valeur créée par la filière bien différente? Ou peut-on l'expliquer, en partie (sans doute) ou en totalité par d'autres facteurs?
1. 95% de la collecte et de la transformation de lait est accaparée par Fonterra.
2. Fonterra est une coopérative contrôlée par les producteurs de lait collectés.
3. L'immense majorité du lait transformé est exporté, notamment sur les marchés asiatiques.
4. Cette coopérative pratique des ristournes importantes afin de redistribuer les bénéfices engrangés vers les producteurs.
On peut donc parler d'une coopérative "totale" dont l'activité est concentrée sur un segment de marché particulier, les produits dits "industriels" destinés à l'export.
Ceci permet de mieux isoler les facteurs d'évolution du prix du lait "sortie de ferme" payé par Fonterra en le comparant aussi mieux à l'évolution des prix des produits transformés obtenus par Fonterra.
Graphique 1.
On remarque sur ce graphique que:
1. Le tendance de l'évolution du prix du lait en Europe sur ces 16 années est en moyenne stable, avec plus de volatilité après 2007.
2. La tendance des prix US, toujours volatile, est en hausse relative depuis 2007.
3. Enfin, le prix Néo Zélandais, extrêmement volatile, est en forte hausse depuis 2001, et conserve une tendance haussière sur le long terme depuis 2007.
Graphique 2.
On voit sur ce graphique montrant l'évolution du Global Dairy Trade Price Index (Soit la synhèse des résultats des enchères Fonterra sur tous ses produits transformés est stable, voire légèrement baissière depuis 2007, avec là aussi une forte volatilité.
Comment donc expliquer que Fonterra, dont le prix des produits finis reste stable, voire baissent, depuis 2007, parvient à payer un prix du lait lui en tendance haussière depuis 2007?
Et comment se fait-il que le prix payé aux producteurs français reste lui stable sur cette longue période, alors même que la filière laitière française, elle aussi présente sur le marché export des produits industriels, transforme des produits à haute valeur ajoutée?
Cette différence d'évolution des prix "sortie de ferme" entre la Nouvelle Zélande et l'Europe ne révèle-t-elle pas une répartition de la valeur créée par la filière bien différente? Ou peut-on l'expliquer, en partie (sans doute) ou en totalité par d'autres facteurs?
dimanche 29 janvier 2017
Du Lait Des Terroirs Au Lait Des Terreurs
L'élevage a toujours été soumis aux contraintes du climat, à la dureté ou la générosité de la terre, aux maladies des animaux et des plantes. L'adaptation à ces difficultés a permis au paysage laitier français de développer une richesse de terroirs et de produits exceptionnels.
Plus récemment, à la crainte de ces impondérables venus du ciel et de la terre, sont venues s'ajouter des normes environnementales et liées au bien-être animal toujours plus complexes et parfois contradictoire. Puis la peur du contrôle administratif inopiné a été suivie par l'anxiété de voir sa production dénigrée, attaquée et même illégitimée par certaines associations.
Enfin, la fin des quotas laitiers et l'instauration de contrats entre producteurs et laiteries est venue bouleverser notre accès au marché du lait. Aujourd'hui, la lettre envoyée par Lactalis à certains des producteurs ayant témoigné dans le cadre de l'émission Envoyé Spécial matérialise une nouvelle angoisse: celle de ne plus pouvoir vendre sa production suite à une décision unilatérale de l'acheteur.
Cette lettre a suscité une grande indignation, aussi bien auprès des éleveurs que des consommateurs, mais le climat de terreur qu'elle instaure ne peut être compris qu'en la contextualisant.
Après 2010, et avant la fin des quotas, nous sommes passés d'une fixation des prix interprofessionnelle (représentants des producteurs et des transformateurs coopératifs et privés) à une fixation des prix par formule (comprenant des indicateurs de marché choisis de manière plus que discutable). En effet les autorités de la libre concurrence ont imposé la fin d'un système d'entente (mais qui garantissait négociation et équilibre entre les parties). Au final, le prix issu de ces formules était de fait imposé par les transformateurs aux producteurs, avec ajustement possible, à leur seule convenance.
Puis l'État a imposé la signature de contrat entre laiteries et producteurs, pensant sécuriser l'acte de production laitière. Ces contrats ont malheureusement repris la formule de détermination de prix (qui donne une part prépondérante aux produits dits industriel et ne reflète pas l'importance du marché intérieur français), tout en liant les parties pour 5 ans et en permettant d'inclure certaines clauses supplémentaires, dont celle de ne pas porter atteinte à l'image de son acheteur de lait (et non son employeur, terme utilisé par Lactalis).
Pourquoi avoir signé ce contrat qui privait le producteur de tant de liberté? Par peur, justifiée, de ne pas trouver de nouvelle laiterie: le nombre d'acheteur de lait a beaucoup diminué ces dernières décennies, par un processus de rachat et de fusion, et dans certains bassins de production, il n'existe plus qu'un nombre d'acheteurs très restreint.
Pourquoi, si l'on n'est pas satisfait des conditions de ce contrat, ne pas le déchirer? Tout simplement pour les mêmes raisons, accentuées au fil du temps, les laiteries ayant même des accords de collecte, tacites ou non.
Que faire du lait produit si son acheteur rompt le contrat? La nature périssable du lait elle-même rend tout autre débouché très difficile, voire impossible à trouver: distance de transport, impératifs de transformation. La vente directe demande investissements et recalibrage total de l'exploitation, le passage en production biologique aussi, ces deux voies n'étant de toute façon pas généralisable à la majorité des producteurs de lait.
Avec la libéralisation du marché du lait, on a dit aux oiseaux: "Le ciel est à vous" mais on a gardé la porte de la cage verrouillée, on a oublié de leur apprendre à voler tout en ayant au surplus rogné leurs ailes! Et avec les prix du lait très bas pratiqués par les laiteries depuis plus de deux ans, ce sont même pain et eau dont on prive les oiseaux!
Quoi de plus facile pour une multinationale comme Lactalis, avec ses moyens juridiques et financiers sans commune mesure avec ceux d'un producteur de lait, que d'instaurer un climat de terreur en cessant de collecter le lait de tel ou tel, connaissant pertinemment les conséquences de cette décision?
Comment dialoguer quand le droit à la parole, au témoignage (alors même que ces témoignages ont été recueilli durant une période de désaccord entre Lactalis et les producteurs au sujet, sujet de dissension d'ailleurs presque unique mais essentiel, du prix du lait) est supprimé, d'abord juridiquement, puis par la terreur qui en résulte?
Comment aboutir à des relations et un contrats équilibrés quand l'expression est supprimée, l'opinion rendue de facto délictueuse, la capacité de proposition elle-même suspecte?
Lactalis oublie que l'excellence du produit laitier qu'achète le consommateur dépend autant de la qualité du lait que du savoir-faire de sa transformation. La terreur et la suspicion, la suppression du droit d'expression sont les plus sûrs moyens de miner la qualité de la production, le dynamisme de toute une filière, l'esprit d'entreprise que l'avenir rend indispensable.
PS: Il est évident que l'esprit coopératif permettra à ces courageux producteurs de trouver une place au sein d'une coopérative, le cas échéant. C'est un devoir.
Plus récemment, à la crainte de ces impondérables venus du ciel et de la terre, sont venues s'ajouter des normes environnementales et liées au bien-être animal toujours plus complexes et parfois contradictoire. Puis la peur du contrôle administratif inopiné a été suivie par l'anxiété de voir sa production dénigrée, attaquée et même illégitimée par certaines associations.
Enfin, la fin des quotas laitiers et l'instauration de contrats entre producteurs et laiteries est venue bouleverser notre accès au marché du lait. Aujourd'hui, la lettre envoyée par Lactalis à certains des producteurs ayant témoigné dans le cadre de l'émission Envoyé Spécial matérialise une nouvelle angoisse: celle de ne plus pouvoir vendre sa production suite à une décision unilatérale de l'acheteur.
Cette lettre a suscité une grande indignation, aussi bien auprès des éleveurs que des consommateurs, mais le climat de terreur qu'elle instaure ne peut être compris qu'en la contextualisant.
Après 2010, et avant la fin des quotas, nous sommes passés d'une fixation des prix interprofessionnelle (représentants des producteurs et des transformateurs coopératifs et privés) à une fixation des prix par formule (comprenant des indicateurs de marché choisis de manière plus que discutable). En effet les autorités de la libre concurrence ont imposé la fin d'un système d'entente (mais qui garantissait négociation et équilibre entre les parties). Au final, le prix issu de ces formules était de fait imposé par les transformateurs aux producteurs, avec ajustement possible, à leur seule convenance.
Puis l'État a imposé la signature de contrat entre laiteries et producteurs, pensant sécuriser l'acte de production laitière. Ces contrats ont malheureusement repris la formule de détermination de prix (qui donne une part prépondérante aux produits dits industriel et ne reflète pas l'importance du marché intérieur français), tout en liant les parties pour 5 ans et en permettant d'inclure certaines clauses supplémentaires, dont celle de ne pas porter atteinte à l'image de son acheteur de lait (et non son employeur, terme utilisé par Lactalis).
Pourquoi avoir signé ce contrat qui privait le producteur de tant de liberté? Par peur, justifiée, de ne pas trouver de nouvelle laiterie: le nombre d'acheteur de lait a beaucoup diminué ces dernières décennies, par un processus de rachat et de fusion, et dans certains bassins de production, il n'existe plus qu'un nombre d'acheteurs très restreint.
Pourquoi, si l'on n'est pas satisfait des conditions de ce contrat, ne pas le déchirer? Tout simplement pour les mêmes raisons, accentuées au fil du temps, les laiteries ayant même des accords de collecte, tacites ou non.
Que faire du lait produit si son acheteur rompt le contrat? La nature périssable du lait elle-même rend tout autre débouché très difficile, voire impossible à trouver: distance de transport, impératifs de transformation. La vente directe demande investissements et recalibrage total de l'exploitation, le passage en production biologique aussi, ces deux voies n'étant de toute façon pas généralisable à la majorité des producteurs de lait.
Avec la libéralisation du marché du lait, on a dit aux oiseaux: "Le ciel est à vous" mais on a gardé la porte de la cage verrouillée, on a oublié de leur apprendre à voler tout en ayant au surplus rogné leurs ailes! Et avec les prix du lait très bas pratiqués par les laiteries depuis plus de deux ans, ce sont même pain et eau dont on prive les oiseaux!
Quoi de plus facile pour une multinationale comme Lactalis, avec ses moyens juridiques et financiers sans commune mesure avec ceux d'un producteur de lait, que d'instaurer un climat de terreur en cessant de collecter le lait de tel ou tel, connaissant pertinemment les conséquences de cette décision?
Comment dialoguer quand le droit à la parole, au témoignage (alors même que ces témoignages ont été recueilli durant une période de désaccord entre Lactalis et les producteurs au sujet, sujet de dissension d'ailleurs presque unique mais essentiel, du prix du lait) est supprimé, d'abord juridiquement, puis par la terreur qui en résulte?
Comment aboutir à des relations et un contrats équilibrés quand l'expression est supprimée, l'opinion rendue de facto délictueuse, la capacité de proposition elle-même suspecte?
Lactalis oublie que l'excellence du produit laitier qu'achète le consommateur dépend autant de la qualité du lait que du savoir-faire de sa transformation. La terreur et la suspicion, la suppression du droit d'expression sont les plus sûrs moyens de miner la qualité de la production, le dynamisme de toute une filière, l'esprit d'entreprise que l'avenir rend indispensable.
PS: Il est évident que l'esprit coopératif permettra à ces courageux producteurs de trouver une place au sein d'une coopérative, le cas échéant. C'est un devoir.
samedi 20 août 2016
Comment en Finir avec LES Crises Laitières?
L'échec total du Marché
Après 20 mois de crise du prix du lait, et la fin de l'année 2016 ne s'annonce guère meilleure, le constat est clair.
Le marché européen du lait, dont le rôle a été mis sur l'avant de la scène avec force suite à la fin des quotas en avril 2015, a définitivement révélé son incapacité à réguler la surproduction de lait, et donc à enrayer la baisse à présent massive du prix du lait.
Pire, pendant de longs mois, beaucoup de producteurs ont individuellement augmenté les volumes livrés aux transformateurs pour compenser la baisse du prix du litre et faire face à leurs échéances financières.
La stabilisation de la production n'arrive qu'avec un niveau de prix exceptionnellement bas, si déconnecté des coûts de production que les faillites, les arrêts définitifs, deviennent d'actualité. Et il faut savoir qu'un producteur de lait ne dépose le bilan qu'après de longs mois de sacrifices financiers, de non-prélèvement de revenu pour faire face à ses besoins personnels, pourtant essentiels. Telle est la gravité de la situation: la régulation par le naufrage économique des producteurs.
Les récentes mesures européennes sont très tardives et bien insuffisantes. Elles ne modifient en rien, dans le temps long, les caractéristiques de ce marché destructeur d'activité dans l'élevage.
On ne peut plus brandir les progrès à réaliser en terme de productivité comme solution, puisque tous les producteurs de lait, sur toute la planète, sont dans leur ensemble dans une situation financière extrêmement préoccupante.
Pourquoi les producteurs de lait ne décident-ils pas de réduire leur production, afin de faire augmenter le prix?
En l'état, il faudrait que chaque producteur, individuellement, décide de diminuer ses livraisons. De quel volume? Et surtout pourquoi risquer de ne pas payer ses factures en diminuant sa production dans l'immédiat? Dans le très hypothétique espoir que les centaines de milliers de producteurs européens fassent individuellement de même, au même moment?
Il est impératif de rappeler que l'Union Européenne, afin de lutter contre les ententes sur les prix et l'organisation de pénurie de lait, a décidé qu'une organisation de producteurs de lait ne pouvait rassembler plus de 3.5% de la production totale européenne de lait. S'ils veulent se regrouper, les producteurs doivent le faire au sein d'un minimum de 29 organisations (OP)!
Et ces 29 organisations doivent actuellement être bien distinctes et ne pas s'entendre sur les volumes mis sur le marché ou les prix demandés, sous peine d'être lourdement sanctionnées par l'autorité européenne de la libre concurrence!
Il est donc évident que la maîtrise de la production ne peut venir des producteurs eux-même, bien au contraire, dans l'état actuel des règlements européens.
Pourquoi les producteurs de lait n'exigent pas de leurs acheteurs, les transformateurs, un meilleur prix?
Tout d'abord, nous sommes bien loin des 29 OP en Europe, puisque rien qu'en France il en existe bien plus de 100, qui sont loin de coaliser tous les producteurs éligibles, c'est à dire les producteurs livrant à des laiteries privées, les coopérateurs étant exclus statutairement des OP à l'heure actuelle.
En face, il existe 4 ou 5 acheteurs dominants ayant proposé des contrats de 5 ans aux producteurs, contrats imposés par l'État et "négociés" alors que les OP étaient au tout début de leur développement. Ces contrats contiennent notamment une grille de calcul du prix du lait faisant une part extrêmement belle aux produits industriels (ceux qui sont le plus sensibles aux soubresauts du marché) et ne tenant que très peu compte des produits à forte valeur ajoutée, les Produits de Grande Consommation.
Non seulement les producteurs ne sont pas en position de négocier, mais il n'y a rien à négocier, une fois le contrat signé. Et il l'a été encore une fois en position de faiblesse, en "non-connaissance" de cause, dans la crainte de ne plus être collecté.
Comment rétablir un rapport de force équitable?
La loi Sapin 2 va renforcer la capacité des OP à se regrouper, imposera plus de transparence aux transformateurs (publication obligatoire de leurs comptes par exemple) et plus de transparence dans les contrats avec les GMS (indication d'un prix prévisionnel payé aux producteurs de lait).
Mais ces mesures, à elles seules, ne seront pas suffisantes pour donner aux producteurs le poids nécessaire dans les négociations avec les transformateurs.
C'est pourquoi je propose la création d'un Fonds Solidaire d'Épargne Laitier, décrit dans l'article http://filierelait.blogspot.fr/2016/08/un-nouveau-risque-laitier-stabilisateur.html qui matérialiserait, qui ferait planer, le risque de pénurie sévère de lait livré, risque qui est seul à même de rendre les transformateurs les plus dominants un peu plus à l'écoute du besoin, évident, des producteurs d'avoir un prix rémunérateur.
Ce FSEL renforcerait l'épargne des producteurs de lait à moyen et long terme, renforcerait durablement leurs revenus, ne coûterait rien à l'État, obligerait simplement les transformateurs à partager équitablement la valeur ajoutée existante, rendrait à la profession laitière une cohésion qui lui manque cruellement, et même la fierté d'être acteur, et non plus victime, du paysage laitier "après-quota".
Ce FSEL pourrait même servir à réguler la production de lait de manière souple, conforme aux intérêts des producteurs, mais aussi de la filière dans son ensemble.
Osons.
Après 20 mois de crise du prix du lait, et la fin de l'année 2016 ne s'annonce guère meilleure, le constat est clair.
Le marché européen du lait, dont le rôle a été mis sur l'avant de la scène avec force suite à la fin des quotas en avril 2015, a définitivement révélé son incapacité à réguler la surproduction de lait, et donc à enrayer la baisse à présent massive du prix du lait.
Pire, pendant de longs mois, beaucoup de producteurs ont individuellement augmenté les volumes livrés aux transformateurs pour compenser la baisse du prix du litre et faire face à leurs échéances financières.
La stabilisation de la production n'arrive qu'avec un niveau de prix exceptionnellement bas, si déconnecté des coûts de production que les faillites, les arrêts définitifs, deviennent d'actualité. Et il faut savoir qu'un producteur de lait ne dépose le bilan qu'après de longs mois de sacrifices financiers, de non-prélèvement de revenu pour faire face à ses besoins personnels, pourtant essentiels. Telle est la gravité de la situation: la régulation par le naufrage économique des producteurs.
Les récentes mesures européennes sont très tardives et bien insuffisantes. Elles ne modifient en rien, dans le temps long, les caractéristiques de ce marché destructeur d'activité dans l'élevage.
On ne peut plus brandir les progrès à réaliser en terme de productivité comme solution, puisque tous les producteurs de lait, sur toute la planète, sont dans leur ensemble dans une situation financière extrêmement préoccupante.
Pourquoi les producteurs de lait ne décident-ils pas de réduire leur production, afin de faire augmenter le prix?
En l'état, il faudrait que chaque producteur, individuellement, décide de diminuer ses livraisons. De quel volume? Et surtout pourquoi risquer de ne pas payer ses factures en diminuant sa production dans l'immédiat? Dans le très hypothétique espoir que les centaines de milliers de producteurs européens fassent individuellement de même, au même moment?
Il est impératif de rappeler que l'Union Européenne, afin de lutter contre les ententes sur les prix et l'organisation de pénurie de lait, a décidé qu'une organisation de producteurs de lait ne pouvait rassembler plus de 3.5% de la production totale européenne de lait. S'ils veulent se regrouper, les producteurs doivent le faire au sein d'un minimum de 29 organisations (OP)!
Et ces 29 organisations doivent actuellement être bien distinctes et ne pas s'entendre sur les volumes mis sur le marché ou les prix demandés, sous peine d'être lourdement sanctionnées par l'autorité européenne de la libre concurrence!
Il est donc évident que la maîtrise de la production ne peut venir des producteurs eux-même, bien au contraire, dans l'état actuel des règlements européens.
Pourquoi les producteurs de lait n'exigent pas de leurs acheteurs, les transformateurs, un meilleur prix?
Tout d'abord, nous sommes bien loin des 29 OP en Europe, puisque rien qu'en France il en existe bien plus de 100, qui sont loin de coaliser tous les producteurs éligibles, c'est à dire les producteurs livrant à des laiteries privées, les coopérateurs étant exclus statutairement des OP à l'heure actuelle.
En face, il existe 4 ou 5 acheteurs dominants ayant proposé des contrats de 5 ans aux producteurs, contrats imposés par l'État et "négociés" alors que les OP étaient au tout début de leur développement. Ces contrats contiennent notamment une grille de calcul du prix du lait faisant une part extrêmement belle aux produits industriels (ceux qui sont le plus sensibles aux soubresauts du marché) et ne tenant que très peu compte des produits à forte valeur ajoutée, les Produits de Grande Consommation.
Non seulement les producteurs ne sont pas en position de négocier, mais il n'y a rien à négocier, une fois le contrat signé. Et il l'a été encore une fois en position de faiblesse, en "non-connaissance" de cause, dans la crainte de ne plus être collecté.
Comment rétablir un rapport de force équitable?
La loi Sapin 2 va renforcer la capacité des OP à se regrouper, imposera plus de transparence aux transformateurs (publication obligatoire de leurs comptes par exemple) et plus de transparence dans les contrats avec les GMS (indication d'un prix prévisionnel payé aux producteurs de lait).
Mais ces mesures, à elles seules, ne seront pas suffisantes pour donner aux producteurs le poids nécessaire dans les négociations avec les transformateurs.
C'est pourquoi je propose la création d'un Fonds Solidaire d'Épargne Laitier, décrit dans l'article http://filierelait.blogspot.fr/2016/08/un-nouveau-risque-laitier-stabilisateur.html qui matérialiserait, qui ferait planer, le risque de pénurie sévère de lait livré, risque qui est seul à même de rendre les transformateurs les plus dominants un peu plus à l'écoute du besoin, évident, des producteurs d'avoir un prix rémunérateur.
Ce FSEL renforcerait l'épargne des producteurs de lait à moyen et long terme, renforcerait durablement leurs revenus, ne coûterait rien à l'État, obligerait simplement les transformateurs à partager équitablement la valeur ajoutée existante, rendrait à la profession laitière une cohésion qui lui manque cruellement, et même la fierté d'être acteur, et non plus victime, du paysage laitier "après-quota".
Ce FSEL pourrait même servir à réguler la production de lait de manière souple, conforme aux intérêts des producteurs, mais aussi de la filière dans son ensemble.
Osons.
lundi 15 août 2016
Le Fonds Laitier
I. Pourquoi créer ce fonds?
La proposition suivante est sans doute susceptible d'établir ce rapport de force, de donner les arguments nécessaires aux OP dans leurs négociations.
II. Modalités
B. Placée sur un Fonds Solidaire d'Épargne Laitier "Grève du Lait TOTALE", bien sûr rémunéré et avec toutes les garanties juridiques requises pour protéger les contributeurs, avec blocage des fonds pour 2 ou 3 ans (assurer sa stabilité, conditions de retrait anticipé possible, par exemple en cas de besoin urgent).
C. Remboursable (mais évidemment on peut laisser son capital aussi longtemps que l'on veut) sur demande ensuite.
D. Envoi du relevé de compte, certifié par huissier, à tous les acheteurs chaque mois: la publicité du montant de ce fonds étant sa force de dissuasion même.
E. Utilisé en dernier recours bien sûr pour financer une grève du lait totale et illimitée (auquel cas nous perdons nos fonds, totalement ou en partie bien sûr. Principe de "l'arme nucléaire, jamais utilisée, mais efficace par sa seule existence").
La constitution de ce fonds modifierait profondément le rapport de force, de manière progressive d'abord, puis définitivement une fois son volume "complété" et notre détermination établie.
Ce fond pourrait être assimilé à une Épargne Retraite, avec éventuelle possibilité d'obtenir une défiscalisation des versements.
Il viserait à prouver notre capacité à se mobiliser, et ce sans risque aucun (si ce n'est la possibilité non souhaitée d'effectivement devoir déclencher une grève totale du lait pendant une longue période).
Le pouvoir de négociation des OP/AOP s'en trouverait considérablement renforcé, et la solidarité de tous les producteurs de lait seraient établie.
III. Bénéfices pour la filière dans son ensemble
Si l'on considère qu'un tel fonds laitier peut avoir un effet de persuasion, puis de dissuasion et enfin de perturbation grave en dernier recours, examinons les effets secondaires, par ricochet, qu'on peut en espérer.
Comme une onde, créée par un choc initial, son effet se propagera, avec évidemment une force diminuant au fil des maillons de la filière bien entendu.
Les GMS, étant conscientes du pouvoir nouveau des producteurs, seront donc moins empressées d'obtenir des baisses de prix toujours plus importantes, si elles savent que les producteurs ne sont plus une variable d'ajustement impuissante.
L'Etat, conscient de notre capacité à perturber, chercherait enfin peut être plus les solutions de long terme que des mesurettes, des saupoudrages a très court terme, qui en plus deviendraient moins nécessaires.
Les entreprises laitières, quand elles seront à la recherche de financement (bancaires ou boursiers), seront aussi face à des partenaires conscients de notre pouvoir de perturbation, et donc plus soucieux de nous garder "satisfaits et dociles". Aujourd'hui c'est par un prix subi et une incapacité à peser, demain ce serait par notre unité et notre capacité à perturber, donc par un prix assurant la "paix laitière".
La combinaison de tous ces effets permettraient d'obtenir une ambiance sur les prix moins tendue, chacun souhaitant un approvisionnement régulier plutôt qu'une guerre des prix résultant dans une grave pénurie.
IV. Extension dans le domaine de la Régulation de la production
On peut aussi imaginer que ce Fonds soit utilisé comme outil de régulation, d'abord au niveau français
- En cas de surproduction, une cotisation "à 100%" sur le volume à réduire (1, 2, 3% ou plus) pourrait être appliquée sur tous les producteurs, décourageant ainsi fermement de produire ces volumes non désirés.
- Quand une pénurie conjoncturelle (hausse de la demande, pénurie de fourrage dans certaines régions etc...) apparaît, les prix montent. Une surcotisation ponctuelle (par exemple de 20, 30, 40 EUR) au même moment permettrait d'encourager les producteurs à augmenter leur production, le ressenti du prix haut étant atténué, les besoins de trésorerie immédiats restant constants, la solution de l'augmentation des volumes seraient incitées. Cette surcotisation pourrait évidemment être ciblée sur certains producteurs, d'autres non à même d'augmenter leur production pourrait être exemptés.
Loin d'être une taxe à fonds perdu, ces surcotisations seraient versées sur un compte bis, propriété du producteur, mais bloqué pendant longtemps, pourquoi pas jusqu'à la retraite.
La régulation se ferait par les besoins de trésorerie immédiats, tout en confortant l'épargne à long terme des producteurs. Tout ceci sans coûter un centime à l’État.
Évidemment, si notre exemple était étendu à toute l'Europe, nous aurions une régulation parfaitement gratuite, gérée par les organisations de producteurs, et en plus préservant absolument les intérêts financiers des producteurs à long terme via une épargne accrue. Enfin, des producteurs puissants partout en Europe, ce serait des prix plus élevés partout, une production régulée donc, beaucoup moins de concurrence acharnée sur les prix.
Tout ceci sans quota, sans achat de droit à produire, sans surcote des exploitations pour les nouveaux accédants (sinon une valeur économique augmentée).
Au bout de plus de 20 mois de crise, il devient évident que les
acheteurs de lait français, notamment les transformateurs privés, peuvent payer un prix
du lait bien supérieur à celui qu'ils octroient à présent, mais ne le
veulent pas. La valorisation des Produits Grandes Consommations, en France et à l'export, permet à nombre d'industriel de publier, pour ceux qui le font, des résultats en très forte hausse sur 2015, et 2016 ne s'annonce pas forcément moins prometteur.
C'est parfaitement révélateur de l'absence de rapport de force entre
producteurs et acheteurs, ce qui explique aussi l'absence de résultats
concrets obtenus par les OP.
II. Modalités
A. Création d'une nouvelle Cotisation Volontaire par la profession, prélevée sur la paie de lait: 5 à 10 EUR les mille litres (à déterminer).
Soit 125 à 250 millions d' EUR par an.
Par
exemple, au bout de 6 ans, le capital de 750 M à 1.5 Milliards d'EUR
permettrait de financer une grève totale du lait de 45 à 90 jours (bien
sûr, c'est le RISQUE de
déclenchement de cette grève qui est l'objectif visé, pas sa
réalisation).
B. Placée sur un Fonds Solidaire d'Épargne Laitier "Grève du Lait TOTALE", bien sûr rémunéré et avec toutes les garanties juridiques requises pour protéger les contributeurs, avec blocage des fonds pour 2 ou 3 ans (assurer sa stabilité, conditions de retrait anticipé possible, par exemple en cas de besoin urgent).
C. Remboursable (mais évidemment on peut laisser son capital aussi longtemps que l'on veut) sur demande ensuite.
D. Envoi du relevé de compte, certifié par huissier, à tous les acheteurs chaque mois: la publicité du montant de ce fonds étant sa force de dissuasion même.
E. Utilisé en dernier recours bien sûr pour financer une grève du lait totale et illimitée (auquel cas nous perdons nos fonds, totalement ou en partie bien sûr. Principe de "l'arme nucléaire, jamais utilisée, mais efficace par sa seule existence").
La constitution de ce fonds modifierait profondément le rapport de force, de manière progressive d'abord, puis définitivement une fois son volume "complété" et notre détermination établie.
Ce fond pourrait être assimilé à une Épargne Retraite, avec éventuelle possibilité d'obtenir une défiscalisation des versements.
Il viserait à prouver notre capacité à se mobiliser, et ce sans risque aucun (si ce n'est la possibilité non souhaitée d'effectivement devoir déclencher une grève totale du lait pendant une longue période).
Le pouvoir de négociation des OP/AOP s'en trouverait considérablement renforcé, et la solidarité de tous les producteurs de lait seraient établie.
Cette initiative ne relève que de nous, producteurs, et pas des pouvoirs publics français ou européen.
III. Bénéfices pour la filière dans son ensemble
Si l'on considère qu'un tel fonds laitier peut avoir un effet de persuasion, puis de dissuasion et enfin de perturbation grave en dernier recours, examinons les effets secondaires, par ricochet, qu'on peut en espérer.
Comme une onde, créée par un choc initial, son effet se propagera, avec évidemment une force diminuant au fil des maillons de la filière bien entendu.
Les GMS, étant conscientes du pouvoir nouveau des producteurs, seront donc moins empressées d'obtenir des baisses de prix toujours plus importantes, si elles savent que les producteurs ne sont plus une variable d'ajustement impuissante.
L'Etat, conscient de notre capacité à perturber, chercherait enfin peut être plus les solutions de long terme que des mesurettes, des saupoudrages a très court terme, qui en plus deviendraient moins nécessaires.
Les entreprises laitières, quand elles seront à la recherche de financement (bancaires ou boursiers), seront aussi face à des partenaires conscients de notre pouvoir de perturbation, et donc plus soucieux de nous garder "satisfaits et dociles". Aujourd'hui c'est par un prix subi et une incapacité à peser, demain ce serait par notre unité et notre capacité à perturber, donc par un prix assurant la "paix laitière".
La combinaison de tous ces effets permettraient d'obtenir une ambiance sur les prix moins tendue, chacun souhaitant un approvisionnement régulier plutôt qu'une guerre des prix résultant dans une grave pénurie.
IV. Extension dans le domaine de la Régulation de la production
On peut aussi imaginer que ce Fonds soit utilisé comme outil de régulation, d'abord au niveau français
- En cas de surproduction, une cotisation "à 100%" sur le volume à réduire (1, 2, 3% ou plus) pourrait être appliquée sur tous les producteurs, décourageant ainsi fermement de produire ces volumes non désirés.
- Quand une pénurie conjoncturelle (hausse de la demande, pénurie de fourrage dans certaines régions etc...) apparaît, les prix montent. Une surcotisation ponctuelle (par exemple de 20, 30, 40 EUR) au même moment permettrait d'encourager les producteurs à augmenter leur production, le ressenti du prix haut étant atténué, les besoins de trésorerie immédiats restant constants, la solution de l'augmentation des volumes seraient incitées. Cette surcotisation pourrait évidemment être ciblée sur certains producteurs, d'autres non à même d'augmenter leur production pourrait être exemptés.
Loin d'être une taxe à fonds perdu, ces surcotisations seraient versées sur un compte bis, propriété du producteur, mais bloqué pendant longtemps, pourquoi pas jusqu'à la retraite.
La régulation se ferait par les besoins de trésorerie immédiats, tout en confortant l'épargne à long terme des producteurs. Tout ceci sans coûter un centime à l’État.
Évidemment, si notre exemple était étendu à toute l'Europe, nous aurions une régulation parfaitement gratuite, gérée par les organisations de producteurs, et en plus préservant absolument les intérêts financiers des producteurs à long terme via une épargne accrue. Enfin, des producteurs puissants partout en Europe, ce serait des prix plus élevés partout, une production régulée donc, beaucoup moins de concurrence acharnée sur les prix.
Tout ceci sans quota, sans achat de droit à produire, sans surcote des exploitations pour les nouveaux accédants (sinon une valeur économique augmentée).
mardi 9 août 2016
CVO Lait:une idée bien dangereuse!
J'ai récemment rencontré un voyageur d'un pays lontain, producteur de pactole. Il m'a expliqué que face à la mauvaise foi de leurs acheteurs, à leur cupidité, lui et tous ses collègues avaient pris une décision: abonder un fonds, avec toutes les assurances juridiques pour les contributeurs, à chaque paie de pactole.
Ce fonds, ils l'avaient appelé "Fonds coopératif en cas de grève TOTALE du pactole", était abondé de 10 POC pour mille litres, soit pour une exploitation produisant 300 kl, 3000 POC par an. Le relevé de compte de ce fonds, constaté par huissier, était envoyé "par erreur" tous les mois à leurs acheteurs, qu'ils avaient trouvés de plus en plus collaboratifs et généreux de mois en mois.
Ils avaient ainsi tous un joli PACTOLE pour leur retraite, ainsi que plusieurs dizaines de POC par mille litre supplémentaires, sans risque aucun, n'ayant bien sûr jamais du faire de grève TOTALE. Les acheteurs étaient cupides, mais conscients de leurs intérêts: chaque litre de pactole non livré, au début à 0.25 POC le litre, leur coûtait 1 POC en chiffre d'affaires. Ce fonds avait donc un effet de levier de 3.
Je lui ai répondu que les Contributions Volontaires Obligatoires n'existaient pas chez nous, que nous ne connaissions pas le concept de "bombe nucléaire qu'on n'utilise jamais mais qui fait obtenir beaucoup", et que nous n'étions de toute façon pas solidaires du tout. Dangereux utopiste!
Ce fonds, ils l'avaient appelé "Fonds coopératif en cas de grève TOTALE du pactole", était abondé de 10 POC pour mille litres, soit pour une exploitation produisant 300 kl, 3000 POC par an. Le relevé de compte de ce fonds, constaté par huissier, était envoyé "par erreur" tous les mois à leurs acheteurs, qu'ils avaient trouvés de plus en plus collaboratifs et généreux de mois en mois.
Ils avaient ainsi tous un joli PACTOLE pour leur retraite, ainsi que plusieurs dizaines de POC par mille litre supplémentaires, sans risque aucun, n'ayant bien sûr jamais du faire de grève TOTALE. Les acheteurs étaient cupides, mais conscients de leurs intérêts: chaque litre de pactole non livré, au début à 0.25 POC le litre, leur coûtait 1 POC en chiffre d'affaires. Ce fonds avait donc un effet de levier de 3.
Je lui ai répondu que les Contributions Volontaires Obligatoires n'existaient pas chez nous, que nous ne connaissions pas le concept de "bombe nucléaire qu'on n'utilise jamais mais qui fait obtenir beaucoup", et que nous n'étions de toute façon pas solidaires du tout. Dangereux utopiste!
lundi 1 août 2016
Pourquoi GMS et Transformateurs Laitiers sont de bien bons Samaritains
Je le dis d'emblée, il est possible qu'il y ai une clé de lecture pour ce qui suit. Que vous la choisissiez ou pas n'est pas de mon ressort.
Comme l'ont fort justement proclamé la Fédération Nationale de l'Industrie Laitière aujourd'hui, ou Lactalis il y a quelques jours, et même les coopératives il y a quelques semaines, les transformateurs de lait multiplient les mesures se soutien aux producteurs de lait: prix supérieurs de 20% par rapport à des pays concurrents soigneusement choisis, compléments de soutien ponctuels, ristourne de 0,35 centimes le litre annuelle (dont 0,15 centimes en parts sociales). On ne peut que le constater, l'effort est massif et généreux!
En France, il existe au moins 4 ou 5 grandes centrales d'achats et autant de gros industriels laitiers et coopératives, soit beaucoup plus que les 3 acteurs au minimum requis pour constituer un oligopole par exemple. Nul danger de ce côté.
Les enseignes de la grande distribution, elles, ne peuvent augmenter les prix des produits laitiers de manière concertée, ce serait une entente. Elles ne peuvent le faire non plus individuellement, au risque de perdre des parts de marché et de mettre en péril leurs salariés. Il en est de même pour les transformateurs de lait.
La fixation des prix est libre en France, et le système fort transparent des appels d'offre pour la fourniture d'un marché assure au consommateur le meilleur prix possible, en baisse constante depuis plus de 50 ans. En aucun cas cette baisse n'est due à la volonté des GMS de faire des produits laitiers des produits d'appel pour attirer le consommateur dans leurs rayons les plus profitables.
Nulle entente n'est possible, et l'autorité des marchés veille au grain! Si il y a eu ententes par le passé, ce n'est que le fait d'individus mal intentionnés, et pas du tout un système bien établi, concerté et qui persisterait aujourd'hui.
Afin de conforter la filière, de préserver l'emploi (et pas du tout pour augmenter les bénéfices ou rémunérer les actionnaires ou augmenter sa fortune personnelle), grandes surfaces et transformateurs doivent préserver leurs marges, il est donc fort logique qu'ils se retournent vers les producteurs de lait et leur intiment d'accepter des prix toujours plus bas.
Les producteurs ont bien évidemment toute latitude pour refuser ces baisses: ils ne sont liés à leurs acheteurs que par des contrats de 5 ans tacitement renouvelable, qu'ils ne sont évidemment pas obligés de signer sous peine d'arrêt de collecte. Au terme de ces contrats ils peuvent très aisément changer de laiterie, aucun accord de répartition des producteurs n'existant entre elle, aucune autre pression n'étant envisageable.
Les contrats incluent des grilles de calcul de prix parfaitement élaborées incluant à peu près tous les critères favorisant une baisse de ce prix, et aucun valorisant les atouts du lait français.
C'est donc bien volontiers que les producteurs acceptent cette baisse du prix, rassurés par les mesures de soutien octroyées par l'aval de la filière, et on peut le dire, par leur bienfaiteurs.
De toute façon, une hausse de prix décidée par les producteurs collectivement seraient aussi une entente, donc illégale, et une baisse de la production pour créer une pénurie momentanée susceptible de faire monter naturellement les prix ne saurait être que le fruit du hasard le plus total: aucune entente n'étant possible sur les volumes produits non plus, il faudrait que simultanément tous les producteurs décident individuellement, au même moment ou presque,de produire moins de lait au risque de ne plus pouvoir payer ses factures et de faire faillite.
Ce système parfaitement rodé assurent donc des prix bas payés aux producteurs, et par le consommateur, et maintien l'emploi et l'activité au sein des transformateurs et de la grande distribution.
Hors de question donc d'apprendre dans les prochains jours que tel ou tel industriel verse des dividendes beaucoup plus élevés à ses actionnaires ou bondit dans le classement des fortunes françaises!
Comme l'ont fort justement proclamé la Fédération Nationale de l'Industrie Laitière aujourd'hui, ou Lactalis il y a quelques jours, et même les coopératives il y a quelques semaines, les transformateurs de lait multiplient les mesures se soutien aux producteurs de lait: prix supérieurs de 20% par rapport à des pays concurrents soigneusement choisis, compléments de soutien ponctuels, ristourne de 0,35 centimes le litre annuelle (dont 0,15 centimes en parts sociales). On ne peut que le constater, l'effort est massif et généreux!
En France, il existe au moins 4 ou 5 grandes centrales d'achats et autant de gros industriels laitiers et coopératives, soit beaucoup plus que les 3 acteurs au minimum requis pour constituer un oligopole par exemple. Nul danger de ce côté.
Les enseignes de la grande distribution, elles, ne peuvent augmenter les prix des produits laitiers de manière concertée, ce serait une entente. Elles ne peuvent le faire non plus individuellement, au risque de perdre des parts de marché et de mettre en péril leurs salariés. Il en est de même pour les transformateurs de lait.
La fixation des prix est libre en France, et le système fort transparent des appels d'offre pour la fourniture d'un marché assure au consommateur le meilleur prix possible, en baisse constante depuis plus de 50 ans. En aucun cas cette baisse n'est due à la volonté des GMS de faire des produits laitiers des produits d'appel pour attirer le consommateur dans leurs rayons les plus profitables.
Nulle entente n'est possible, et l'autorité des marchés veille au grain! Si il y a eu ententes par le passé, ce n'est que le fait d'individus mal intentionnés, et pas du tout un système bien établi, concerté et qui persisterait aujourd'hui.
Afin de conforter la filière, de préserver l'emploi (et pas du tout pour augmenter les bénéfices ou rémunérer les actionnaires ou augmenter sa fortune personnelle), grandes surfaces et transformateurs doivent préserver leurs marges, il est donc fort logique qu'ils se retournent vers les producteurs de lait et leur intiment d'accepter des prix toujours plus bas.
Les producteurs ont bien évidemment toute latitude pour refuser ces baisses: ils ne sont liés à leurs acheteurs que par des contrats de 5 ans tacitement renouvelable, qu'ils ne sont évidemment pas obligés de signer sous peine d'arrêt de collecte. Au terme de ces contrats ils peuvent très aisément changer de laiterie, aucun accord de répartition des producteurs n'existant entre elle, aucune autre pression n'étant envisageable.
Les contrats incluent des grilles de calcul de prix parfaitement élaborées incluant à peu près tous les critères favorisant une baisse de ce prix, et aucun valorisant les atouts du lait français.
C'est donc bien volontiers que les producteurs acceptent cette baisse du prix, rassurés par les mesures de soutien octroyées par l'aval de la filière, et on peut le dire, par leur bienfaiteurs.
De toute façon, une hausse de prix décidée par les producteurs collectivement seraient aussi une entente, donc illégale, et une baisse de la production pour créer une pénurie momentanée susceptible de faire monter naturellement les prix ne saurait être que le fruit du hasard le plus total: aucune entente n'étant possible sur les volumes produits non plus, il faudrait que simultanément tous les producteurs décident individuellement, au même moment ou presque,de produire moins de lait au risque de ne plus pouvoir payer ses factures et de faire faillite.
Ce système parfaitement rodé assurent donc des prix bas payés aux producteurs, et par le consommateur, et maintien l'emploi et l'activité au sein des transformateurs et de la grande distribution.
Hors de question donc d'apprendre dans les prochains jours que tel ou tel industriel verse des dividendes beaucoup plus élevés à ses actionnaires ou bondit dans le classement des fortunes françaises!
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